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L'homélie de l'archevêque de Westminster sur Richard III

L'homélie de l'archevêque de Westminster sur Richard III

Voici l'homélie prononcée par le cardinal Vincent Nichols, archevêque catholique de Westminster, lors de la réception des restes du roi Richard III à la cathédrale de Leicester le dimanche 22 mars 2015:

Mes frères et sœurs, nous sommes réunis dans cette cathédrale ou nous nous joignons à travers les médias, pour nous souvenir de la vie extraordinaire du roi Richard III et pour prier pour le repos éternel de son âme.

Deux moments de cette cérémonie, si riche en sens et en symbolisme, peuvent focaliser notre réflexion. Les deux concernent le cercueil de ce roi. Premièrement: il a été aspergé d'eau bénite; et deuxièmement, il était vénéré dans le geste d'encens. Ces moments ont eu lieu lorsque nous avons accueilli le cercueil du roi dans son lieu de repos.

Comme vous vous en souviendrez, cette aspersion d'eau bénite rappelle que le roi Richard, au début de sa vie, a été baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il a ainsi été appelé à vivre en disciple de Jésus-Christ.

Le cours de sa vie tumultueuse a été bien tracé, pris comme il l'était dans la lutte meurtrière entre les familles dynastiques. Dans sa vie, il a dû connaître peu de paix. Dès ses premières années, la vie de Richard a porté toutes les conséquences de la violence de l’époque et de ses luttes de pouvoir. Il a été un enfant de la guerre, pendant un certain temps un réfugié en Europe, car il a été déplacé d'un endroit à l'autre, toujours à la recherche de sécurité et de protection. À l'âge de 17 ans, il est devenu une personnalité publique et a dès lors montré sa capacité à poursuivre ses ambitions. À son époque, le pouvoir politique était invariablement gagné ou maintenu sur le champ de bataille et seulement par une détermination impitoyable, de fortes alliances et une volonté d'employer la force, parfois avec une brutalité étonnante.

Nous pouvons remercier Dieu qu'ici, les luttes de pouvoir politiques soient désormais réglées d'une manière différente.

Aujourd'hui encore, plus de 500 ans plus tard, sa vie est étudiée et constamment réévaluée, une fenêtre sur une période critique de notre histoire et une source séduisante de spéculation. La «réputation de bulle» de Shakespeare vient rapidement à l’esprit, en particulier à l’époque de la mode des biographies reconstructionnistes dans lesquelles les saints peuvent devenir des méchants et les méchants peuvent devenir des saints.

Les intentions les plus profondes de Richard ont toujours été difficiles à comprendre. Pourtant, cela est souvent vrai pour beaucoup d’entre nous. Au plus profond de son cœur, au milieu de toutes ses peurs et ambitions, il y avait sûrement un fort désir de fournir à son peuple stabilité et amélioration. Au cours de ses deux courtes années en tant que roi, il a remodelé des aspects vitaux du système juridique, développant la présomption d'innocence, le concept de justice aveugle et la pratique d'octroyer une caution plutôt que d'être détenu en prison. Il a créé la Cour des requêtes pour donner un accès plus large à la justice et a insisté sur la traduction en anglais de toutes les lois et statuts écrits afin qu'ils soient facilement accessibles à tous. Néanmoins, son règne fut marqué par des troubles et le suintement fatal de loyauté et de soutien.

Tout cela nous rappelle, s'il faut le rappeler, que le baptême ne garantit pas la sainteté de la vie ou la sainteté de la nature. Mais il donne une forme fondamentale et durable à un voyage à travers la vie, dans toutes ses luttes et ses échecs. Ce «roi d’Angleterre et de France et seigneur d’Irlande», pour lui donner son propre titre, était un homme de prière, un homme d’une dévotion anxieuse. Dans une prière survivante, nous l'entendons implorer Dieu pour la protection de l'archange Michel et pour la délivrance de ses ennemis. Sa prière était en effet réaliste. Après la bataille de Towton, en 1461, le jour de combat le plus brutal jamais vu sur le sol anglais, il a établi une chapelle chantry pour prévoir la célébration de la messe et pour les prières pour tous ceux qui y sont morts, Yorkistes et Lancastriens. Il s'attendait pleinement à ce que des dévotions et des prières similaires accompagnent sa propre mort. En effet, la collecte que nous allons prier sous peu aurait été récitée quotidiennement par le clergé du Middleham College après la mort du roi. Nous aussi, nous jouons notre rôle dans cette prière, ici ce soir, demain à l'église Holy Cross et dans les jours à venir.

A l'aspersion de son cercueil, la prière exprimait notre foi que les baptisés sont unis à la mort de Jésus pour que `` par ses mérites, qui sont morts et ressuscités pour nous '' nous puissions `` passer à notre joyeuse résurrection '', le destin de tous ceux qui ouvrent leur cœur et leur vie au Dieu vivant.

Cette foi s'exprimait aussi vivement dans l'encensement du cercueil du roi. Traditionnellement, les mots accompagnent l’encens: «Que notre prière se lève devant toi, Seigneur, comme cet encens». De même, nous avons confiance que même si l'encens s'est levé devant nos yeux ce soir, notre prière sera également portée sur le trône de Dieu. En effet, l'encens nous signale la présence de Dieu. C'est un signe de sa majesté. Nous prions pour que, étant amené en présence de cette majesté divine, Richard puisse être embrassé par l’amour miséricordieux de Dieu, là pour attendre la résurrection finale de toutes choses dans la plénitude des temps.

Tel est l'horizon contre lequel nos actions se déroulent en cette soirée solennelle. Avec Dieu, il y a une échelle de temps différente, un jour est comme mille ans. Ainsi, nos prières pour ce Roi de notre Terre, nos prières pour son repos éternel, ne sont pas entravées ou rendues invalides par le passage de ces années. Nous prions pour lui aujourd'hui comme ceux qui ont prié pour lui lors de sa mort en 1485, ceux dont le cœur n'était pas rempli de la vengeance de la victoire ou de la haine d'un ennemi. Parmi ceux qui priaient alors pour lui se trouvait la communauté des frères franciscains, si proche ici, qui l'enterra sûrement avec une prière formelle, même si elle était aussi à la hâte.

Tant de choses se sont passées au cours de ces siècles. En 1538, la pierre et les matériaux de construction ont été prélevés dans cette église des Greyfriars et utilisés pour réparer l’église Saint-Martin voisine, maintenant cette église cathédrale de Leicester. Il est certainement symbolique que les matériaux du premier lieu de sépulture du roi fassent toujours partie, selon toute probabilité, de la structure de ce bâtiment dans lequel ses restes doivent à nouveau reposer. Nos histoires chrétiennes se sont imbriquées d'une manière, prions-nous, qui nous conduira maintenant à donner un témoignage plus cohérent et plus uni des vérités de foi que nous proclamons ensemble ce soir.

C’est aussi contre cet horizon d’éternité, à la lumière de la promesse miséricordieuse de Dieu, que nous menons le mieux nos luttes pour la justice, pour la paix et la concorde entre tous. À maintes reprises, les leçons de l’histoire sont claires: la force des armes à elle seule n’apporte jamais une paix durable; l'ambition politique, si elle ne doit pas devenir toxique, doit toujours être guidée par une volonté de servir, en particulier ceux qui en ont le plus besoin; la réconciliation est mieux inspirée par la lumière de la promesse d'une paix donnée par Dieu qui est notre destinée commune et durable.

Que la dignité de cette Complie, la beauté de sa prière, la richesse de ses gestes de réconciliation, animent en nous tout ce désir de servir plutôt que d'être servi, de guérir plutôt que de se réjouir de victoires grandes ou petites, d'honorer et de respecter l'autre plutôt que de chercher un avantage. De cette manière, que notre royaume reflète le Royaume éternel de Dieu, auquel nous confions l'âme de ce Roi, alors même que nous permettons enfin à ses restes de reposer en paix.

Amen


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