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Le chevalier, l'ermite et le pape: quelques récits problématiques de la piété des premières croisades

Le chevalier, l'ermite et le pape: quelques récits problématiques de la piété des premières croisades

Le chevalier, l'ermite et le pape: quelques récits problématiques de la piété des premières croisades

Par Nicholas Paul

Papier remis à la 34e Conférence internationale patristique, médiévale et de la Renaissance, tenue à l'Université de Villanova (2009)

Introduction: Le 23 décembre 1095, le pape Urbain II partit du monastère d'Uzerche pour la ville de Limoges, où il fêtera la fête de la Nativité. Urban était venu dans le Limousin dans le cadre de son plus grand voyage vers le sud et l'ouest de la Francie. Plus tôt dans le voyage, Urban s'était arrêté en octobre pour consacrer un maître-autel au monastère de Cluny en Bourgogne et en novembre pour tenir un grand concile d'église à Clermont en Auvergne. Le 27 novembre, après la conclusion des travaux officiels du conseil, Urban a annoncé des plans qu'il avait peut-être élaborés avec ses conseillers depuis un conseil d'église à Plaisance en mars dernier. Nous ne pouvons pas savoir exactement ce qu'il a dit, mais les contemporains l'ont compris comme englobant une grande expédition en Orient pour vaincre les ennemis de Dieu qui à cette époque menaçaient l'Église d'Orient et déshonoraient le Christ et pour reprendre les deux sites les plus sacrés de la chrétienté, le Saint-Sépulcre et Calvaire, des mains des incroyants. L’itinéraire d’Urban avait sans doute été soigneusement choisi pour l’emmener à travers des terres où ses paroles pourraient trouver l’appui requis par cette entreprise. En voyageant, il a prêché et, dans certains cas, il a pu demander l'aide d'autres personnes pour l'aider à prêcher.

À Limoges, Urban a répété son message à une foule assemblée comprenant des prélats, des membres des communautés religieuses locales et des membres de la noblesse laïque. Comme à Clermont, nous ne pouvons avoir aucune idée de ce qu'il a dit exactement ni du nombre de personnes présentes, même si un certain nombre de textes rédigés après l'événement prétendent nous renseigner sur les deux points. Ce qui peut être vu assez clairement, cependant, c'est que par la fête suivante de l'Assomption-15 août 1096- de nombreux membres de la noblesse locale du Limousin, y compris des hommes des seigneurs de Bré, Malafaida, Pierre-Buffière, Turenne, Le Breuil, La Chèze, Las Gaydias, Les Murs, La Rivière, Lastours et La Vue avaient entrepris de se joindre à l'expédition. Ces hommes venaient d'une région qui manquait de quoi que ce soit ressemblant à la forte seigneurie centralisée que l'on pouvait trouver à cette époque en Normandie, en Flandre, en Anjou ou dans le Chartrain.

Leur participation à la croisade n'a donc probablement pas été, comme elle aurait pu l'être dans certaines régions, profondément influencée par les liens de service ou d'obligation militaire que l'on appelle parfois la mouvance. Sans la figure centrale d'un seigneur qui aurait pu les soutenir ou les aider dans les préparatifs de leur voyage, nombre de ces hommes se sont probablement retrouvés dans des situations personnelles et financières difficiles. Comment collecteraient-ils des fonds pour subvenir à leurs besoins pendant une durée inconnue en voyageant et en combattant à l'étranger? Comment leurs familles supporteront-elles le fardeau financier de la dette subséquente et de leur absence? Si, comme dans certains cas, tous les combattants de la maison partaient, qui protégerait leurs biens et leurs proches? C'étaient des questions difficiles, et nous n'avons que des preuves partielles de la manière dont elles auraient pu trouver une réponse. Une question beaucoup plus générale, qui s'étend au-delà des limites géographiques du Limousin et de la période entre le 27 décembre 1095 et le 15 août 1096, c'est pourquoi un individu choisit de faire face à l'une ou l'autre de ces difficultés. Pourquoi sont-ils partis?