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Les Mémoires du général Ulysses S. Grant

Les Mémoires du général Ulysses S. Grant

Au début de la matinée du 8 mai, à l'approche de Palo Alto, une armée, certainement plus nombreuse que notre petite force, fut vue, rangée en ligne de bataille juste devant le bois. Leurs baïonnettes et leurs fers de lance brillaient formidablement au soleil. La force était composée en grande partie de cavalerie armée de lances. Là où nous étions, l'herbe était haute, atteignant presque les épaules des hommes, très raide, et chaque tige était pointue vers le haut, dure et presque aussi tranchante qu'une aiguille à repriser. Le général Taylor arrêta son armée avant que la tête de colonne n'arrive à portée de l'artillerie des Mexicains. Il forme alors une ligne de bataille, face à l'ennemi. Son artillerie, deux batteries et deux pièces de fer de dix-huit livres, tirées par des bœufs, étaient placées à intervalles le long de la ligne. Un bataillon est jeté à l'arrière, commandé par le lieutenant-colonel Childs, de l'artillerie, en réserve. Ces préparatifs terminés, l'ordre fut donné à un peloton de chaque compagnie d'empiler les armes et de se diriger vers un ruisseau à droite du commandement, pour remplir leurs cantines et aussi celles du reste de leurs compagnies respectives. Lorsque les hommes furent tous de retour en rang, l'ordre d'avancer fut donné. Alors que je regardais cette longue file d'environ trois mille hommes armés, avançant vers une force plus importante également armée, j'ai pensé à la responsabilité effrayante que le général Taylor devait ressentir, commandant un tel hôte et si loin de ses amis. Les Mexicains ont immédiatement ouvert le feu sur nous, d'abord avec de l'artillerie, puis avec de l'infanterie. Au début, leurs tirs ne nous parvinrent pas et l'avancée se poursuivit. A mesure que nous approchions, les boulets de canon commencèrent à parcourir les rangs. Ils ne blessèrent personne, cependant, pendant cette avance, car ils heurtaient le sol bien avant d'atteindre notre ligne et ricochaient à travers les hautes herbes si lentement que les hommes les apercevraient et ouvriraient les rangs et les laisseraient passer. Quand nous sommes arrivés à un point où l'artillerie pouvait être utilisée avec effet, une halte a été appelée, et la bataille s'est ouverte des deux côtés.

L'infanterie du général Taylor était armée de mousquets à silex et de cartouches en papier chargées de poudre, de chevrotine et de balle. A quelques centaines de mètres, un homme peut vous tirer dessus toute la journée sans que vous le découvriez. L'artillerie était généralement composée de canons en laiton de six livres ne lançant que des balles solides; mais le général Taylor avait avec lui trois ou quatre obusiers de douze livres lançant des obus, outre ses dix-huit livres dont on a parlé plus haut, qui avaient une longue portée. Cela a fait un armement puissant. Les Mexicains étaient armés à peu près comme nous en ce qui concernait leur infanterie, mais leur artillerie ne tirait qu'à plein feu. Nous avions grandement l'avantage dans ce bras.

L'artillerie a été avancée d'une tige ou deux devant la ligne et a ouvert le feu. L'infanterie se tenait aux armes de commandement en tant que spectateurs, observant l'effet de nos tirs sur l'ennemi et surveillant ses tirs afin de s'écarter de leur chemin. On pouvait voir que les dix-huit livres et les obusiers faisaient beaucoup d'exécutions. De notre côté, il y a eu peu ou pas de pertes pendant que nous occupions cette position. Au cours de la bataille, le major Ringgold, un officier d'artillerie accompli et courageux, a été mortellement blessé, et le lieutenant Luther, également de l'artillerie, a été touché. Au cours de la journée, plusieurs avancées ont été faites, et juste au crépuscule, il est devenu évident que les Mexicains reculaient. Nous avançâmes de nouveau et occupâmes à la fin de la bataille substantiellement le terrain tenu par l'ennemi au début. Dans ce dernier mouvement, il y eut un feu vif sur nos troupes, et quelques exécutions furent faites. Un boulet de canon a traversé nos rangs, non loin de moi. Il a arraché la tête d'un homme de troupe, et la mâchoire inférieure du capitaine Page de mon régiment, tandis que les éclats du mousquet du soldat tué, et sa cervelle et ses os, renversaient deux ou trois autres, dont un officier, le lieutenant Wallen, — leur faisant plus ou moins mal. Nos pertes pour la journée étaient de neuf tués et quarante-sept blessés.

Au point du jour du 9, l'armée de Taylor était prête à reprendre la bataille ; mais une avance montra que l'ennemi avait entièrement quitté notre front pendant la nuit. Le chaparral devant nous était impénétrable sauf là où il y avait des routes ou des sentiers, avec parfois des taches claires ou nues de petites dimensions. Un corps d'hommes y pénétrant pourrait facilement être pris en embuscade. Il valait mieux faire prendre ainsi quelques hommes que toute l'armée, et pourtant il fallait que la garnison de la rivière fût relevée. Pour les atteindre, il fallait passer le chaparral. Ainsi, je suppose que le général Taylor a raisonné. Il arrêta l'armée non loin en avant du terrain occupé par les Mexicains la veille, et choisit le capitaine CF Smith, de l'artillerie, et le capitaine McCall, de ma compagnie, pour prendre chacun cent cinquante hommes choisis et trouver où le l'ennemi était parti. Cela m'a laissé à la tête de l'entreprise, un honneur et une responsabilité que je croyais très grands.

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